« 30 avril 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16345, f. 107-108], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7717, page consultée le 04 mai 2026.
30 avril [1841], vendredi après-midi, 3 h. ¾
Mais, mon pauvre Chinois1, vous n’avez pas le
sens commun de vouloir que je sorte sans être ni débarbouillée, ni habillée, ni rien avec toute ma maison sans dessus dessous et avec
toutes mes affaires à faire. Je veux absolument faire mes comptes de fin de mois
aujourd’hui car sans cela je me connais, je n’aurais pas le courage de les faire une
fois l’époque passée. En outre j’attends ma péronnelle2 tantôt et
j’aime autant être chez moi quand elle arrivera parce [que] je
redoute encore de la laisser seule avec la bonne. Si tu veux pendant qu’elle sera
ici
nous irons ensemble AU DÉCROCHE-MOI ÇA3, ce sera un conseil de plus et ce qui abonde en
fait de coquetterie comme en autre chose d’aussi important
ne vicie pas.
J’ai un mal de tête absurde, j’étouffe, je donnerais deux sous
pour une bouffée d’air frais. Celui qui m’arrive a l’air d’avoir passé dans un four
rougi. Ouf quelle affreuse chaleur4. Vous êtes mon Toto bien-aimé mais vous êtes absurde de venir
vous coucher si tard parce qu’alors je vous empêche de dormir, moi qui ai fait ma
nuit
et qui étouffe de la chaleur du lit. Il faut mon pauvre amour pour que notre bonheur
soit parfait et pour que je ne trouble pas le repos dont tu as tant besoin. Cher
bien-aimé adoré, c’est si doux de te voir reposer comme un enfant. Tu en as le souffle
et la pureté dans l’haleine, ta petite bouche rose est comme une fleur qui va
s’ouvrir, je voudrais la dévorer. Je t’aime avec toute la passion et toute
l’extravagance d’une maîtresse et avec toute la tendresse et toute la sollicitude
d’une mère. Je t’adore mon cher petit bien-aimé. Baise-moi mon Toto ravissant.
Juliette
1 Juliette appelle fréquemment Hugo ainsi parce qu’il éprouve un intérêt tout particulier pour la Chine. Il en parle dans ses œuvres et collectionne aussi chez lui de nombreux objets.
2 À cette époque, pensionnaire dans un établissement de Saint-Mandé, Claire vient régulièrement rendre visite à sa mère, en milieu ou fin de semaine à l’occasion de ses congés. Ce sont les Lanvin qui vont la chercher et la ramènent. Juliette l’attendait pour l’après-midi, mais pour une raison inconnue qu’elle qualifie « d’anicroches », son arrivée sera repoussée au lendemain.
3 C’est ainsi que Juliette surnomme le Mont-de-Piété.
4 Eugénie de Guérin, dans une lettre à son frère M. de Guérin du 29 avril 1841, mentionne qu’il fait « 28 degrés de chaleur, c’est extravagant pour Paris, au 1er mai ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.
- 7 janvierÉlection à l’Académie française.
- 3 juinRéception à l’Académie française.
- Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.
